Libertés égales

Monique Canto-Sperber dans Le Monde Diplomatique d’Avril 2009

 

« L’idée républicaine et libérale de solidarité qui s’imposa progressivement en France à la fin du XIXe siècle appelait déjà une forme de redistribution. Le socialisme a inscrit cette idée au cœur de son programme politique. Mais sous quelle forme concevoir la redistribution ? Comme le fondement de la politique socialiste, ou comme son effet ? Si la redistribution est posée au principe, cela signifie que le mode privilégié de l’action socialiste est le transfert de revenus. Sous sa forme radicale, un tel principe conduit à donner des ressources supplémentaires aux plus démunis, en considérant comme secondaire l’impact qu’une telle politique peut avoir sur l’économie, sur les comportements des personnes, sur le sentiment que chacun peut avoir de sa responsabilité sociale. André Philip, dans un texte fameux écrit en 1971, appelle cela le “socialisme distributiviste”, lequel avait, selon lui, “atteint le maximum de ses possibilités au moment des grandes réformes de 1936”. C’est sous l’influence du “distributivisme” que la notion de “solidarité” est devenue synonyme de “fiscalité”, alors qu’au début du siècle on considérait que la redistribution fiscale était une forme de charité étatique. A l’inverse, si l’on considère la redistribution comme un résultat, on s’occupe d’accroître les ressources collectives et de s’assurer que la vie économique est assez fluide pour que chacun, et en particulier ceux qui en sont dépourvus au départ, retrouve des opportunités d’action et évolue dans un monde où il peut en faire usage et les mettre en valeur. (...)Pareille dualité dans la façon de comprendre la redistribution a pour correspondant deux façons distinctes de concevoir l’ambition d’égalité dans l’histoire du socialisme. Faut-il viser à une réduction progressive des écarts de revenus ? Ou à une égalité des opportunités et des moyens d’action, ce que les courants socialistes libéraux ont souvent désigné sous le nom de libertés égales ? Une interprétation libérale du socialisme, soucieuse d’émancipation individuelle, est naturellement favorable à la seconde sorte d’égalité qui seule garantit l’autonomie de la personne. Mais l’idée de libertés égales incite surtout à concevoir des modes d’aides concrètes aux personnes, plus individualisées et plus efficaces que les procédures de redistribution par l’Etat. »

Monique Canto-Sperber

 

Le Libéralisme et la Gauche, p. 218-220

 

 

Marc d'Héré et Gilles Casanova, dans "Plus belle la gauche-Pour une gauche moderne"

 

...Nous avons la certitude qu’un grand projet collectif ne peut se bâtir sans la liberté d’agir donnée à chacun et sans l’autonomie des acteurs, sans leur capacité d’initiative source de dynamisme, leur concurrence source d’efficacité et leur libre collaboration condition de la solidarité.

 

Il est vain d’opposer l’exigence de liberté à celle d’égalité, car, « la liberté n’a de sens que lorsqu’elle est associée à l’égalité [1]». Donner toute sa place à la liberté, interdit évidemment d’en refuser l’exercice à d’autres. Vouloir la liberté, c’est la vouloir pour tous, ce qui passe par la recherche de l’égalité ou de l’équité, ou, selon la belle expression de Monique Canto-Sperber « par la construction de libertés égales ».