Interview de Luc Chatel par Anne Rovan et Philippe Goulliaud dans le Figaro du 10 11 11...

LE FIGARO. - Pourquoi vous impliquer davantage dans la galaxie libérale ?

Luc CHATEL. - J'ai toujours défendu des positions réformatrices. Je suis entré en politique par les Républicains indépendants. J'ai adhéré en 1991 au Parti républicain. Mais il est paradoxal que l'on entende si peu les représentants de cette sensibilité. Avec la présidentielle, le moment est venu d'assumer un certain nombre de convictions. Hervé Novelli, Gérard Longuet, Jean-Pierre Raffarin m'ont demandé d'être plus présent. J'ai accepté car je crois en ces convictions.

La crise actuelle démontre pourtant les limites de la dérégulation prônée par les libéraux…

Le libéralisme a été caricaturé par les ultralibéraux. Il y a eu des excès notamment quand la dérégulation systématique a été prônée sans que soit conduite, en parallèle, une réflexion sur le bon équilibre entre la liberté, l'autonomie et l'État. Si on avait laissé faire le marché en 2008, il n'y aurait plus d'industrie automobile en France. J'ai défendu après de Nicolas Sarkozy le plan de sauvetage du secteur automobile. Pour moi, le libéralisme, c'est plus de liberté, plus de concurrence et plus de règles. Le libéralisme, ce n'est pas moins de règles comme le souhaitent les ultralibéraux et ce n'est pas moins de liberté comme le veulent les socialistes.

Quelles sont vos propositions ?

Elles s'articuleront autour d'un fil conducteur : donner plus de liberté tout en garantissant davantage de protection. C'est une ligne cohérente avec l'image du président protecteur que souhaite incarner Nicolas Sarkozy. Les thèmes qui nous préoccupent sont le temps de travail et le contrat de travail, la fiscalité et les finances publiques, la croissance et l'innovation. Il faut tailler dans la mauvaise dépense, c'est-à-dire les dépenses de fonctionnement. Un tiers de recettes manquent pour équilibrer les dépenses de l'État. Quel ménage pourrait vivre durablement de la sorte ?

N'avez-vous pas le sentiment que l'on entend moins les propositions de l'UMP que celle des clubs qui gravitent autour ?

Les libéraux ne sont pas un club. C'est un courant de pensée, une famille historique, celle des indépendants. Quoi qu'il en soit, l'UMP n'est pas une caserne. Les sensibilités peuvent s'y exprimer et il ne faut pas le regretter. Plus une famille politique a de propositions à formuler, mieux c'est. Mais, ce qui est important, ce sont les idées et pas les ambitions personnelles. Ensuite, ce sera au candidat de faire le tri pour retenir les trois ou quatre grandes idées qui incarneront sa campagne.

Croyez-vous en la réélection de Nicolas Sarkozy ?

Je ne connais pas de candidat en tête des sondages en novembre qui ait gagné en mai. Quand on est en haut du toboggan, on ne peut que descendre. Le président, lui, n'est pas en campagne. Les choses sérieuses commenceront en février. Il y a déjà eu beaucoup de surprises dans ce début de campagne.

La majorité peut-elle gagner en disant aux Français qu'ils vont devoir faire des efforts jusqu'en 2016 ?

Dans un contexte de crise, il faut un président courageux, qui sache garder son sang-froid. Les Français sont lucides. Ils n'attendent pas du rêve. Ils sont prêts à faire des efforts mais veulent comprendre pourquoi nous leur demandons ces efforts. Quand Churchill a dit : «Je vous promets du sang et des larmes», il a ajouté «mais à la fin je vous conduirai à la victoire». La campagne permettra de donner le cap et l'horizon. Et, à mon sens, le cap doit être celui d'une nouvelle prospérité, d'une croissance pour tous. Il faut donner un message d'optimisme aux Français. La croissance est en nous si nous la voulons. Les efforts demandés ne sont pas gratuits. L'objectif, ce n'est pas de mourir guéri.

Contrairement à vos amis «Mousquetaires» Jean-François Copé, François Baroin, Bruno Le Maire, vous êtes discret sur vos ambitions.

Le ministère de l'Éducation nationale est passionnant mais difficile. J'avais à conduire un certain nombre de chantiers. J'ai travaillé. Je n'aime pas le show off. J'avance step by step. On entre dans une séquence politique intéressante. Ma seule préoccupation est la réélection du président de la République.

Que pensez des polémiques récurrentes entre Jean-François Copé et François Fillon ?

Chacun a compris que l'union de la majorité derrière Nicolas Sarkozy passait avant tout.