De Gilles Norroy

La première fois que j'ai vu Eva Joly, j'ai pensé que c'était Balasko dans un nouveau film : Denise  Présidente.

Puis je l'ai entendue et cela m'a rappelé ces films d'après guerre où les allemands parlaient le français de façon gutturale : " nous avons les moyens de vous faire...manger de l'herbe."

 Sa vie  commence comme la chanson de Robert Lamoureux, papa j'ai engrossé la bonne.

Venue en France comme jeune fille au pair dans une famille bourgeoise, elle entreprend le fils de famille, lequel finira bien des années après par se suicider.

Elle rentre ensuite dans la magistrature par la petite porte, enfin, elle est reçue première à un concours de circonstances en devenant juge d'instruction au pôle financier.

La vraie vie commence car Eva va faire de ses frustrations une arme. Elle déteste beaucoup de monde : les hommes en général, les Français ensuite, et en particulier ceux qui ont réussi. Autant dire que si vous êtes un chef d'entreprise vous en prenez d'avance un maximum.

Quelques affaires vont lui permettre de se donner une notoriété médiatique car elle adore déjà se mettre en scène devant les caméras. Elle se prend alors pour une sorte de Jeanne d'Arc, ou de  Saint-Just et commence à construire sa légende : la petite  émigrée devenue juge qui s'attaque aux puissants.

 Sa retraite professionnelle va lui permettre une deuxième carrière. Les Verts en quête de people vont s'intéresser à elle (le recyclage des huiles est une démarche écologique) et en faire une députée européenne sans que l'on ait quasiment entendu le son de sa voix. Eva gagne à ne pas être entendue.

Sa candidature aux Présidentielles est une preuve supplémentaire de cette pulsion masochiste qui anime les Verts: plutôt que de mettre en scène Cohn-Bendit, qui aurait fait un carton, où Cécile Duflot, excellente à la télé, ils choisissent celle qui incarne le plus cette écologie punitive qui est le fondement de la pensée de leurs dirigeants les plus extrémistes.

 Au delà des péripéties drolatiques d'Eva Joly dans la campagne présidentielle, les Verts deviennent inquiétants.  Jean-Pierre Chevènement les qualifie de secte de fanatiques. L'heure n'est plus celle de doux écolos un peu rêveurs comme Alain Lipietz ou celle du facétieux Dany Cohn-Bendit, un social-libéral qui se serait ennuyé au Parti Socialiste, mais celle de personnages que Gérard Collomb a raison de traiter de Khmers verts. N'oublions pas que la référence des Khmers rouges n'était pas Marx mais Rousseau.

 Avec l'inquiétant Placé dans son rôle de Machiavel,  l'effrayant  Cochet dans celui de l'idéologue de la décroissance, et Eva Joly dans celui d'une mère fouettard, les Verts sont aujourd'hui devenus une secte subversive. Ils risquent de plonger la France dans  le désastre économique et écologique avec l'arrêt du nucléaire et son remplacement inéluctable par des centrales à charbon ou à gaz.

 Bien plus, ils sont une menace pour les libertés. L’écologie dans son sens de retour à la nature est une des constantes des régimes autoritaires de l’époque moderne. Sans en faire le reproche à la totalité d’entre eux, on voit bien que ce courant coercitif est une composante de leur démarche.  Qui peut croire que leur programme pourrait s'appliquer sans l'exercice d'une contrainte qui mettra la démocratie en péril.

Ce qui fait la force des verts c'est leur capacité de duplicité qui n'est pas sans rappeler celle qu'avait de son vivant le Parti Communiste.

A l'inverse de leur image publique, sympathiques mais un peu brouillons, les Verts sont pour l'essentiel des politiciens professionnels (le taux de permanents politiques rapportés au nombre d'adhérents est révélateur), prêts à tout pour conquérir des mandats et des places y compris à gommer la réalité de leur projet pour la France.

 Que François Hollande se soit laissé manipulé par eux témoigne à la fois de la faiblesse de son caractère, mais aussi de la  force de ses encombrants alliés.

Comme on est loin de ce que peut être une véritable démarche écologique qui allierait la responsabilité économique à la protection de l'environnement !

 J'invite d'ailleurs ceux qui sont sensibles à ces sujets à comparer le bilan de Jean-Louis Borloo puis de Nathalie Kosciusko-Morizet dans ce domaine à celui de Dominique Voynet dans le gouvernement Jospin. 

Laissons  donc Eva Joly achever de se détruire et commençons à parler sérieusement d'écologie  qui sera un des thèmes de la campagne présidentielle. 

 

Gilles Norroy