Philippe Tesson, Le Point.fr du 11 06...

En ce lendemain de premier tour des législatives, les deux grandes familles qui dominent le paysage politique français, le PS à gauche, l'UMP à droite, peuvent se sentir soulagées. L'une et l'autre avaient en effet beaucoup à craindre de ce scrutin. Les voilà rassurées. Sous réserve du moins que le second tour confirme le rapport des forces sorti des urnes hier.

Pour le PS, le pire eût été d'avoir besoin pour gouverner de deux alliés très encombrants, les Verts et surtout le Front de gauche. Une majorité parlementaire hétérogène l'aurait forcé à d'incessantes concessions qui auraient réduit sa liberté de manoeuvre jusqu'à compromettre la réalisation d'objectifs déjà en soi très hasardeux. Dès le lendemain de la présidentielle, le Front de gauche n'avait pas caché ses intentions. Voilà François Hollande et le gouvernement de demain débarrassés de Mélenchon. Nul doute que celui-ci poursuivra sa carrière d'imprécateur, mais de l'extérieur.

Les prophètes de l'implosion de la droite en seront pour leurs frais

Pour l'UMP, le pire eût été d'avoir à tomber dans le piège d'une collusion avec le Front national au second tour. Le PS lui en a fait trop tôt, et avec quelle morgue, le procès d'intention. Mais il n'y aura pas de piège. La bonne tenue de la droite, le léger recul du FN par rapport à son score de la présidentielle et enfin, et surtout, le taux d'abstention évitent à l'UMP de faire la preuve de la rectitude à laquelle elle s'était engagée. Il y aura très peu de ces triangulaires qui auraient pu amener les candidats de l'UMP à succomber à la tentation de l'égarement. Ainsi la droite peut-elle sortir la tête haute du soupçon que les mauvais esprits lui faisaient. Elle a la morale avec elle. Et elle a également le succès, un relatif succès. Elle a, en effet, honorablement franchi l'épreuve du "troisième tour", au lendemain d'une défaite dont on pouvait craindre qu'elle ne provoquât cette fameuse dynamique en général favorable au vainqueur de la présidentielle. Les prophètes de l'implosion de la droite en seront pour leurs frais.

L'abstention relativise le succès de la gauche

Tout compte fait, l'enseignement principal que livre cette journée électorale est simple et clair : les deux forces de gouvernement qui alternent au pouvoir depuis un demi-siècle en sortent confortées, dans un équilibre très favorable au PS, c'est évident, mais plus rassurant pour la droite qu'elle ne pouvait le redouter. La bipolarisation a bien fonctionné, aux dépens des petites formations. La progression du FN est contenue. Le Front de gauche est ramené à sa vérité. Les Verts pataugent, et il n'y a que Cécile Duflot pour les voir "en net progrès". Et le MoDem coule, en bonne justice, et il n'y a que madame de Sarnez pour célébrer, comme elle l'a fait hier soir, "la force du groupe central".

Voilà pour le pays légal. Reste le pays réel. C'est une autre affaire. Le système électoral en vigueur n'en traduit pas la vérité, on le sait. Le président de la République et son gouvernement ont pour eux la légitimité juridique. Mais ils ne bénéficient que d'une adhésion populaire limitée, faite en large part de résignation et que fragilisent encore les effets à venir de la crise.

Le taux impressionnant d'abstention relativise le succès de la gauche. Il signifie moins l'indifférence que la défiance, voire le désaveu, par une partie considérable de l'opinion des élites politiques, au premier chef celles qui ont en charge le pouvoir, tous les pouvoirs. Les nouveaux gouvernants seraient bien inspirés de se garder de trop d'arrogance à la fois dans leur pratique politique, dans leur discours moral et dans leur ambition idéologique.

Philippe Tesson

Remarque: ...Et le 2ème tour peut et doit améliorer les résultats de l'Union UMP/Centre...marc d'Héré