Par Dominique de Montvallon dans le JDD....

Avant même sa mise en vente officielle demain, le livre-surprise de Nicolas Sarkozy fait déjà grand bruit. L’ex-président et patron des Républicains se confie au JDD.                        

Nicolas Sarkozy        

Quoi qu'il arrive et quoi qu'on pense de Nicolas Sarkozy, le livre que signe l'ancien chef de l'État (La France pour la vie) fera date. Jamais jusqu'ici un homme ayant exercé le pouvoir ne s'était livré à une radiographie critique aussi rude de son action passée et, plus encore, de ses comportements. "L'échec est souvent fondateur, écrit un Sarkozy mûri, car il fait souffrir." Encore un peu et on frisait l'autoflagellation. "Si vous ne dites pas des choses personnelles, réplique au JDD l'intéressé en faux naïf, à quoi bon faire un livre?" Et d'ajouter : "Les journalistes me voient plus fort que je ne suis."

Etape clé d'une possible reconstruction politique, ce livre est à la fois surprenant et troublant. Surprenant car rien n'échappe au scalpel de l'ancien chef de l'État, qui évoque "le rapport passion-détestation" qu'il entretient avec les médias, sinon avec les Français. On le disait sourd aux critiques dont il est l'objet : il passe tout en revue, s'explique et parfois, comme sur le mariage pour tous ou les juges traités naguère de "petits pois", fait carrément machine arrière. Aujourd'hui, suggère-t-il en filigrane, il est à la fois le même et différent.

Troublant car, avec ce livre, qui est aussi une réflexion sur le pouvoir, on passe brutalement d'une planète où Sarkozy, disait-on, n'entendait rien à une autre où le degré de contrition publique est exceptionnellement élevé. "Je n'étais pas prêt avant", confie l'auteur, suggérant que, depuis 2012, il lui a fallu beaucoup de travail sur lui-même pour accoucher d'un tel ouvrage et glissant que les très rares qui ont eu accès au manuscrit (dont son épouse, Carla) l'ont aidé à retirer "les dernières traces d'amertume".

 

Sarkozy récuse l'idée que son livre soit un "mea culpa" : "Ce n'est pas du tout un "mea culpa". C'est beaucoup plus important que ça. C'est un retour d'expérience." Il revendique "l'authenticité" du propos, évoquant, ce qui est nouveau dans le vocabulaire sarkozyste, "la complexité des sentiments et des événements". "Le temps qui passe et l'âge qui vient m'apportent ce qui m'a si longtemps manqué, écrit-il : la sérénité." "Jeune, ajoute-t-il, il a pu m'arriver de détester. À 60 ans maintenant, ce serait puéril." L'authenticité parce que, dit-il, à l'heure de la crise de confiance entre les électeurs et – il insiste – "toutes les formes de pouvoir", le parler-authentique, même risqué, est une condition du sursaut.

"Je suis français, j'aime la France, je pense français", dit Sarkozy dans son bureau où, sur les murs, Angela Merkel côtoie Carla et sa fille. Avant de conclure : "C'est plus fort que moi" (sic). Une France qui n'est "pas foutue, pas fichue, pas finie". Mais une France qui l'inquiète : "Qu'est-ce que c'est que cette société où tout le monde se méfie de tout le monde? Où va-t-on avec cette détestation de tous par tous?" Nicolas Sarkozy pense-t-il à 2017? C'est évident. Ce n'est pas un hasard si le titre qu'il a choisi fait directement écho à ce qu'il disait le 6 mai 2012 à la Mutualité, en guise d'au revoir à ses amis : "Plus que jamais, j'ai l'amour de notre pays inscrit au fond de mon cœur." Sarkozy va-t-il entrer pour de bon en campagne? C'est évident.

"J'ai jusqu'ici, écrit-il, privilégié l'impératif du rassemblement et je ne regrette pas. Je dois maintenant me consacrer à l'exigence de la clarté. Les compromis ne sont plus acceptables au regard de la gravité de la situation." Son objectif : rétablir le "lien". Sarkozy pense-t-il que la primaire va se jouer entre Alain Juppé et lui? On le devine. Retournement ironique de l'histoire : lui, le balladurien passionné de 1994, ne rappelle-t-il pas qu'à l'époque tous les sondages donnaient Balladur vainqueur et que Chirac était invité à prendre la porte? Alors que l'entretien se termine, Sarkozy se saisit de son stylo et se tourne : "Je croyais que c'était démodé, l'écrit?"  

Dominique De Montvalon - Le Journal du Dimanche