« Comment construire un service public de qualité avec moins de fonctionnaires ? » C'est par cette question qu'Eric Woerth, Secrétaire général des Républicains chargé du Projet a lancé, mercredi matin, une grande matinée de travail dédiée à la Fonction publique et à la réforme de l'Etat. « La fonction publique doit contribuer à la baisse de la dépense publique. Moins de fonctionnaires, c'est une France plus compétitive », assure Eric Woerth.

Un sentiment partagé par Alain Vasselle, sénateur de l'Oise qui, le premier, a avancé une piste de modernisation : donner la possibilité à la Fonction publique de recruter en CDI et non sous statut de la Fonction publique « qui ne répond pas à tous les métiers dont a besoin une collectivité ». Egalement président des maires de l'Oise, Alain Vasselle observe que la France est le pays qui a le plus grand nombre de fonctionnaires et qui a la rigidité la plus forte. « Il faut plus de souplesse et plus d'adéquation entre les compétences et les besoins », estime-t-il, réclamant la possibilité donnée aux collectivités locales et territoriales de « faire appel à des intérimaires afin de mener à bien un projet, pour remplacer des congés maternité... ».

Directrice de la fondation iFRAP, Agnès Verdier-Molinié, prend sa calculette. Alors qu'aujourd'hui les administrations publiques françaises emploient 5,4 millions de personnes, elle baisse le curseur à 4,5 millions , « ce qui nous remettrait dans la norme des pays comparables ». Avec à la clé, une économie de 20 milliards d'euros, soit 1,4% du PIB mais également un gel des embauches pendant plusieurs années. Une piste qui risque de mettre à mal l'ensemble du système de formation.

Déplorant que les bilans sociaux des collectivités et des administrations ne soient pas publics et qu'il n'y ait donc pas de transparence, Agnès Verdier-Molinié chiffre cependant à 2 milliards d'euros annuels le coût de l'absentéisme dans les seules communes de France qui, selon elles, ne sont pas toutes dans la légalité. « Il y a des coutumes illégales qui perdurent », lâche-t-elle. Dans son viseur, celles dont le temps de travail est inférieur à 35 heures hebdomadaires. « Si on passait à 39 heures, l'on gagnerait l'équivalent de 550 000 équivalents temps plein. Et dans l'Education nationale, passer pour des professeurs de 18 à 20 heures, cela correspondrait à 45 000 équivalents temps plein », lâche-t-elle comme pour mieux souligner les enjeux financiers.

Prônant la prime à la performance, elle note cependant que la marge de manœuvre des directeurs généraux des services dans les collectivités est ténue pour ceux qui voudraient valoriser leurs agents. « Un travail de rénovation des textes est énorme » estime celle qui souhaiterait une « réforme en profondeur » des 3 régimes de la fonction publique (Etat, territoriale et hospitalière).

« Oui il faut diminuer le volume de la Fonction publique, augmenter le temps de travail et donner plus de liberté aux collectivités publiques », reprend Eric Woerth indiquant que François Hollande « allait rendre les clés du pays avec plus de fonctionnaires ». De mi 2013 à mi-2015 la France a en effet créé 233.000 emplois publics !

Maire de Saint-Cloud, Eric Berdoati milite pour la redéfinition des missions « pour mieux former nos agents et arriver à la réduction du nombre de fonctionnaires ».

Député du Val-de-Marne et Secrétaire national à la Fonction publique, Jacques-Alain Benisti est bien placé pour évoquer le statut de la Fonction publique, cette « armature qui gère l'ensemble des différentes fonctions publiques. Mais il a 70 ans. Et il serait bon de le mettre à la retraite, car il s'est rigidifié et il est maintenant un obstacle à la gestion performante de nos administrations, ce au détriment de la qualité du parcours des agents comme du service rendu ».

Il faut donc simplifier et moderniser ce statut et « responsabiliser les fonctionnaires dans un statut remanié et plus flexible », poursuit Jacques-Alain Benisti qui veut que soit mise en place « une vraie rémunération liée à la performance et au mérite. Nous voulons des fonctionnaires mieux considérés et que leurs augmentations soient liées aux évaluations ».

Pour Jean-Charles Manrique, directeur général des services du conseil départemental du Loiret, « le service public doit être continu et doit pouvoir se transformer. ». Pour lui, le statut de la Fonction publique devrait être réservé au seul régalien, les autres missions de la Fonction publique étant soumis à contrat de droit privé.

Valérie Debord et Eric Ciotti ont, pour leur part, insisté sur la nécessaire équité entre le public et le privé. Porte-parole, Valérie Debord a rappelé que Nicolas Sarkozy, pendant son quinquennat, avait instauré un jour de carence dans la fonction publique, mesure abrogée par François Hollande. « Le résultat a été immédiat avec une augmentation de 12,5% de l'absentéisme supplémentaire en 2013 », souligne Valérie Debord qui souhaite que Les Républicains instaurent 2 jours de carence dans la Fonction publique.

Député et président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti estime également « indispensable » l'équité entre le public et le privé. « C'est à nous de porter cette proposition car ce déséquilibre est source de difficultés que rencontre notre économie », poursuit Eric Ciotti qui, dans sa collectivité et en accord avec les syndicats a supprimé 11 jours de RTT et 3 jours de CP, soit l'équivalent de 100 équivalents temps plein mais également réduit de 700 le nombre de fonctionnaires sur la règle d'un remplacement pour trois départs à la retraite.

Délégué général de l'Observatoire des Think-Tanks, Olivier Urrutia s'est attaché, pour sa part, à un focus sur l'Espagne qui, confrontée à la crise économique, a mis en place des mesures. Symboliques, tout d'abord, de 2009 à 2011 avec le socialiste Zapareto (baisse de salaire des fonctionnaires de 5%, gel des prestations sociales). Structurelles ensuite, en 2012, avec Mariano Rajoy du Parti populaire et ses 222 mesures sur trois ans. Dont le gel des recrutements qui a conduit à la réduction de 140 000 fonctionnaires, le gel des salaires et des primes des fonctionnaires, le passage de 35 à 37,5 heures, de la retraite de 65 à 67 ans... L'Espagne a également fait un audit national des services pour voir si certains pouvaient fusionner, si certaines missions pouvaient être transférées au privé pour délégation de service. Des mesures qui permettent aujourd'hui à l'Espagne de regagner des points de compétitivité et de voir son chômage baisser...

Les Républicains