Nicolas Sarkozy  dans  Le Figaro.
La réussite de notre République, c'est d'avoir fait de l'école un lieu, neutre et sûr, où se transmet le savoir, où l'on intériorise la règle sociale et où chacun apprendà devenir un citoyen, c'est-à-dire un individu suffisamment libre, éclairé et responsable pour participer à la vie démocratique. La force de l'école de la République, c'est de perpétuer la France en assurant la transmission de l'héritage historique, littéraire et artistique de notre pays. Cette école de la République, dont nous sommes tout autant les produits que les dépositaires, doit être protégée par un consensus national des enjeux politiciens comme des agressions idéologiques, or il n'en est rien.
Sans cap, sans politique et sans vision, l'Éducation nationale a erré pendant quatre ans, de ministre en ministre et de réforme en réforme. La seule politique constante de ce gouvernement, et il faut le reconnaître, a été l'emprise idéologique sur ce ministère et la grande proximité syndicale. L'école que chacun rêve de voir sanctuarisée a été transformée imperceptiblement en un lieu d'expérimentation sociale dont les parents et les enfants sont en réalité les cobayes.
«L'école que chacun rêve de voir sanctuariser a été transformée imperceptiblement en un lieu d'expérimentation sociale dont les parents et les enfants sont en réalité les cobayes.»
Tout ce qui peut rappeler ce qu'a été la France se retrouve désormais noyé dans un verbiage insensé. En Histoire, les grandes figures qui structurent la mémoire nationale ont été soigneusement gommées et un universalisme éthéré est venu remplacer le récit national. Personne, bien sûr, ne conteste le principe d'un enseignement ouvert sur le monde et qui permet d'en comprendre la complexité mais comment comprendre l'Histoire des autres si l'on ne connaît pas sa propre Histoire, à commencer par sa chronologie? La mémoire d'un peuple n'est pas un kaléidoscope où les époques s'entremêlent dans un mouvement perpétuel, elle est une trame serrée d'événements et d'évolutions tissée par les siècles.
De tout cela, la gauche ne veut plus entendre parler: la culture classique serait l'apanage d'une élite ; les langues anciennes, le creuset de cet élitisme ; et l'Histoire, un dangereux ferment du nationalisme. On ne voudrait plus d'une école où l'on apprend et qui élève mais d'une école où l'on lutte contre les «méfaits» de la société et où l'on demande à des enfants de répondre aux angoisses politiques et aux projections des adultes. Désormais, l'école n'est plus chargée de transmettre des savoirs et de former des esprits - nos pédagogues ont décidé que l'élève devait construire lui-même son savoir - mais de promouvoir des «activités ludiques et citoyennes»! Les manuels scolaires se transforment en livres de catéchisme qui n'ont rien à faire à l'école de la République.
Les Républicains, eux, considèrent qu'il n'appartient pas à l'école de se substituer aux familles mais d'enseigner des disciplines et de former au raisonnement et que les enseignants du second degré ne sont pas des «éducateurs» mais des professeurs et des maîtres.
L'immense majorité des enseignants a été heurtée par la réforme des collèges tant sur le fond que dans la forme et lui oppose désormais une résistance passive. Les Républicains reviendront sur cette réforme, tout comme celle sur les rythmes scolaires. L'école des Républicains, c'est l'école de la République et rien d'autre, où la laïcité s'applique jusque sur les bancs de l'université publique.
«L'école des Républicains, c'est l'école de la République et rien d'autre, où la laïcité s'applique jusque sur les bancs de l'université publique.»
L'école de la République, c'est une école dont le professeur, le savoir qu'il dispense et l'autorité qu'il incarne forment les seuls piliers, et pour tout dire le centre. Aujourd'hui, la présence des enseignants dans les établissements ne peut plus se limiter aux seules heures de cours. C'est à eux et non à des «animateurs» sans formation ni légitimité qu'il revient d'organiser le temps scolaire et ce rôle doit avoir une véritable contrepartie salariale, car ils méritent notre considération et notre respect pour leur engagement quotidien.
Année après année, et chaque majorité doit assumerses responsabilités en cette matière, ce sont près de 800 heures d'enseignement du français qui ont disparu du CE1 à la classe de première. Elles doivent être rétablies. En lieu et place de ces étranges «modules horaires transdisciplinaires», les élèves des collèges doivent apprendre le français.
Quant à l'égalité des chances, sans laquelle il n'est pas plus d'école que de République, elle ne se gagne pas en traquant les classes de niveau, en déclarant la guerre à Cicéron, en pourchassant l'excellence jusque dans les classes bilangues ou les classes préparatoires, mais en donnant à chacun les moyens de la réussite.
«Les programmes doivent être élaborés par l'Inspection générale, dont c'est la mission, sous l'autorité du ministère, mais il faut peut-être en confier l'approbation finale à l'Institut de France et donc aux académies.»
Pour cela, l'école doit prendre en charge, dès le cours préparatoire, les élèves en difficulté. Ils devront bénéficier d'«un CP plus», c'est-à-dire une aide surveillée et un accompagnement renforcé. À quoi sert-il de faire passer dans la classe supérieure un élève qui ne maîtrise pas la lecture? Il faut tout faire pour éviter qu'ils ne passent d'une classe à l'autre avec un handicap toujours plus lourd. De même, au primaire, les enfants devront quitter l'école en ayant fait leurs devoirs. L'égalité républicaine est une farce si certains en rentrant chez eux trouvent une famille disponible ou des répétiteurs quand d'autres n'ont que la télévision pour les aider…
La nation doit consentir à un effort particulier pour cette centaine de milliers de jeunes qui sortent du système sans qualification. L'extension du service militaire adapté, déjà mis en œuvre outre-mer, doit être engagée sur l'ensemble du territoire national, dès 2017, pour cette jeunesse en difficulté. Aucun jeune «décrocheur» ne doit rester sans activité après ses 18 ans. L'institution militaire a la capacité de resocialiser des jeunes en perte de repères. C'est un impératif de cohésion nationale.
Quant aux programmes, ils ne sont pas un enjeu politique et il ne peut pas revenir aux Assemblées de décider de ce qui doit s'enseigner dans les classes. Il convient d'en finir avec les conseils, les comités et les commissions. Les programmes doivent être élaborés par l'Inspection générale, dont c'est la mission, sous l'autorité du ministère, mais il faut peut-être en confier l'approbation finale à l'Institut de France et donc aux académies. Elles seules disposent tout à la fois du magistère intellectuel, de la distance, de la permanence et donc de l'indépendance nécessaires à une telle mission.
L'école de la République n'appartient ni aux pédagogues, ni aux sociologues, ni aux idéologues dont la réforme du collège marque l'aberrant triomphe, elle est un bien commun qu'il convient de rendre, au plus vite, à la nation. Les Républicains y veilleront.