Guillaume Tabard dans Le Figaro du 2 mai 2016

 

Dans l'entretien qu'il a accordé au JDD, Nicolas Sarkozy parle de stratégie énergétique- une défense appuyée du nucléaire- plus que de tactique politique. Il ne dit pas un mot de la primaire. Et pourtant, au détour d'une question sur la présidentielle autrichienne, le président des Républicains ouvre un débat capital pour la droite sur le meilleur moyen de combattre le Front National.

La situation autrichienne, c'est l'effondrement des partis de gouvernement traditionnels laissant s'affronter au second tour un candidat d'extrème droite, arrivé en tête au premier tour, et un candidat des verts. "Voilà le résultat de la pensée unique et d'un gouvernement de Grande Coalition", affirme Sarkozy. Quand il n'y a plus de gauche, quand il n'y a plus de droite, il reste les extrêmes." En France, tous les sondages annoncent la présence de Marine Le Pen en finale et une première place pour elle sauf avec une candidature d'Alain Juppé.

Le maire de Bordeaux, à droite, Manuel Valls et Emmanuel Macron à gauche: ces trois-là principalement anticipent cette configuration en 2017 pour évoquer, espérer, esquisser une nouvelle majorité qui s'organiserait autour du candidat élu face à Marine Le Pen. Cette majorité aurait un ciment politique - le refus de l'extrême droite - et un ciment idéologique - le libéralisme social. C'est la théorie de "l'omelette coupée par les deux bouts" longtemps développée par Juppé: la gauche "raisonnable" coupée de ses éléments protestataires et la droite "raisonnable"privée de ses éléments trop identitaires pourraient constituer un bloc de gouvernement central et majoritaire, donc capable de mener les réformes nécessaires.

C'est contre cette logique que se dresse Sarkozy. En mettant en garde contre l'illusion des additions qui conduisent en fait à des soustractions. Là où Juppé, Valls ou Macron croient en l'efficacité du consensus, l'ancien Président croit qu'une "coalition molle", comme il la qualifie, ne peut conduire qu'à renforcer les extrêmes. La preuve par l'Autriche. La preuve par l'Allemagne pourrait-on dire aussi. Les réformes courageuses ayant été faites par un chancelier Schröder seul au pouvoir, quand la grande coalition CDU-SPD a figé l'action d'Angela Merkel, fait reculer chacun de ces deux partis et dopé l'AFD populiste.

Le maire de Bordeaux élabore une stratégie de second tour visant à séduire au centre et à gauche pour battre Marine Le Pen. Le président des Républicains considère que le FN prospère quand la droite n'est plus la droite. Tout comme, symétriquement, la supposée "dérive" libérale et droitière de François Hollande a fait remonter Jean-Luc Mélenchon dans les sondages.

L'objectif de Nicolas Sarkozy reste donc d'abord de reprendre dès le premier tour des électeurs de droite tentés par le FN. D'où dans le JDD, sa charge simultanée contre le traité transatlantique et la Macromania.

Ce débat sur la meilleure méthode anti-Le Pen sera une des questions de la primaire, à laquelle tous les candidats devront aussi répondre.

Guillaume Tabard, Le Figaro.