Discours de Nicolas Sarkozy, Président des Républicains, au Colloque du Think Tank France Fière – « Identité(s) française, entre fierté et désamour », mardi 24 mai 2016.

Madame la Présidente,
Mes chers Amis,


Hier encore affirmer, publiquement, qu’il existait une Identité Française, elle-même faite d’identités multiples, anciennes ou plus récentes, était considéré par tous ceux qui prétendent arbitrer la pensée politique dans notre pays, comme une insupportable provocation.
Tous ceux qui osaient affirmer qu’il existait une identité Française et que l’on pouvait être fier de cette identité au point de vouloir la faire partager à tous ceux qui avaient choisi la France pour y vivre étaient aussitôt traduit devant le tribunal de la pensée autorisée pour se justifier.
On avait beau rappeler que l’un des plus grands historiens français du XXème siècle, Fernand Braudel, l’homme de l’Histoire de la Méditerranée, avait consacré à cette identité française un livre d’une hauteur de vue restée inégalée, rien n’y faisait.
Il était interdit d’évoquer l’identité de la France. 
C’était hier.
Aujourd’hui je suis heureux de constater qu’une association comme la vôtre, qui a choisi, qui plus est, la Fierté de la France comme drapeau, peut organiser, ici en l’Hôtel des Invalides, un colloque sur la question de l’identité française sans que cela pose le moindre problème ou le moindre débat.
Que de chemin parcouru depuis les cris d’orfraie qui accompagnèrent en 2007 mes discours sur l’identité nationale ?
Je suis convaincu, aujourd’hui, que nous avons gagné là un combat culturel et politique majeur. Ce colloque auquel je suis heureux que vous ayez eu la gentillesse de m’inviter et l’un des signes de cette victoire.
Alors certes, il se trouvera toujours des hommes ou des femmes, apôtres du différencialisme, pour venir expliquer que se réclamer d’une identité française relève du rejet de l’autre.
Il se trouvera toujours des hommes ou des femmes pour venir contester l’enracinement culturel et cultuel de notre pays.
Il se trouvera toujours des hommes et des femmes pour préférer l’idéologie à l’Histoire, le Parti à la Patrie et l’Internationale à la Marseillaise.
Ici, au contraire, vous avez fait le choix de la France et vous assumez ce choix avec fierté.
Je dis que vous avez fait le choix de la France car beaucoup d’entre vous ont, comme moi, une Histoire personnelle ou familiale qui ne se confond pas nécessairement avec l’Histoire de France.
Une Histoire qui a souvent commencé à l’étranger. Une histoire faite parfois de parcours heureux mais aussi d’évènements dramatiques.
Je suis comme vous.
Vous êtes le fruit d’identités multiples, différentes et qui viennent parfois d’horizons très lointains.
Je suis comme vous.
Certains d’entre vous réunissent même dans leur histoire personnelle ou familiale, plusieurs passés, plusieurs influences, plusieurs cultures.
Je suis comme vous.
Cette richesse culturelle dont vous êtes les héritiers, aucun de vous ne la renie. Elle est au cœur de la construction de chacune de vos personnalités, elle vous a façonné.
Mais ce qui vous réunit, ici, c’est que sans oublier vos origines pour autant vous avez fait le choix de revendiquer, d’abord et avant tout, une identité française.
Je suis comme vous.
Pourquoi avez-vous fait ce choix ?
Je crois, si vous m’y autorisez,  pouvoir répondre à cette question.
Ce choix vous l’avez fait par amour. Oui par amour de la France. Un amour viscéral. Un amour sans partage.
Vous avez voulu rendre à la France ce qu’elle vous avait donné.
C’est à la France que vous avez voulu consacrer votre énergie, dédier votre réussite et réserver votre engagement.
L’identité de la France c’est une langue, le Français, le ciment culturel de la Nation qui a produit les plus beaux chefs d’œuvre de la littérature et qui a fait le tour du monde.
Pourquoi avons-nous, vous et moi, décidé de consacrer notre vie à la France ?
Tout simplement parce que la France est un miracle. Un miracle auquel chacun de nous a décidé de croire qu’il soit chrétien, musulman, juif ou agnostique.
Oui la France est un miracle.
La France est un miracle millénaire.
La France est un miracle car elle aurait pu dix fois, cent fois, être brisée par l’Histoire et qu’elle n’a jamais sombré.
La France est un miracle car elle a su faire de la beauté un cadre de vie et de la liberté une raison de vivre.
La France est un miracle car elle a su fusionner des identités multiples pour donner naissance à cette identité nationale qui est aujourd’hui la nôtre.
Cette identité nationale il en est souvent question, elle est rarement définie, comme si décrire ce que nous sommes relevait désormais de la faute ou de la honte.
Peut-être qu’ici, devant vous, dans cet hôtel des Invalides voulu par Louis XIV et à quelques pas à peine du tombeau de Napoléon il n’est pas interdit de parler de cette identité qui fait de nous des Français.
L’identité de la France ce sont d’abord ces paysages, façonnés par près de cent générations qui ont patiemment défrichés, labourés, ensemencés cette terre dont nous sommes aujourd’hui les héritiers souvent bien négligents.
L’identité de la France c’est une langue, le Français, le ciment culturel de la Nation qui a produit les plus beaux chefs d’œuvre de la littérature et qui a fait le tour du monde. Pour des millions d’hommes et de femmes dans le monde la France c’est d’abord une langue, la langue de Molière, Racine, Corneille, Voltaire, Balzac, Hugo, Proust, Colette, Céline, Trenet ou Brassens.
L’identité de la France c’est une Histoire, épique, glorieuse, tragique parfois mais dont le récit a construit la Nation. Lorsque le général De Gaulle lance l’appel du 18 juin, ce n’est pas par hasard qu’il choisit la date anniversaire de la défaite de Waterloo. Il sait que la France est vaincue mais dans la nuit de la défaite et le brouillard de l’occupation il  rappelle qu’elle a toujours surmontée ses épreuves.
L’identité de la France c’est l’accumulation d’un héritage merveilleux qui va du Mont Saint-Michel à la Sainte-Chapelle, du château de Versailles au musée du Louvres, de la place du Capitole à la place Stanislas,  de la cathédrale de Chartres à la Cité Radieuse.
L’identité de la France c’est la construction patiente de la liberté, depuis les premières chartes médiévales jusqu’à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, en passant par l’édit de Nantes.
Pendant des décennies, les Français communiaient dans le culte de cette identité dont la transmission était la première mission de l’Ecole de la République et la vocation de chaque famille. De cette identité personne n’était exclu car la force de notre identité c’est d’avoir toujours été accueillante ceux qui voulaient la partager et la  célébrer.
Notre identité nationale a cela de particulier c’est qu’elle a une portée universelle.
Il n’était pas nécessaire d’avoir son nom inscrit depuis des siècles sur les tombes d’un petit cimetière de campagne dans le Morbihan, la Meuse, ou en Corse pour aimer la prodigieuse diversité de nos paysages.
Il n’était pas nécessaire d’avoir son nom inscrit sur les monuments aux morts, l’arc de triomphe, le Grand Livre de la Légion d’Honneur et le Mémorial de Vendée ou encore de descendre des compagnons de Jeanne d’Arc, pour vibrer à l’unisson du récit national.
Il n’était pas nécessaire d’avoir de parents ou des grands-parents qui parlaient français pour pleurer devant Cyrano de Bergerac, vibrer avec Chimène ou rire des Fourberies de Scapin.
Il n’était pas nécessaire d’avoir chez soi des livres précieux, des gravures anciennes ou des tableaux de maître pour entrer au Louvre admirer la lumière chez  Poussin, l’élégance de Watteau, la puissance de Géricault.
Il n’était pas nécessaire d’avoir grandi dans un salon du faubourg Saint-Germain pour rêver avec Proust et grimper l’échelle sociale avec Balzac.
Il n’était pas nécessaire d’être baptisé pour aimer Bossuet, Racine, Péguy, Bernanos ou Mauriac.
Pas plus qu’il n’était pas nécessaire d’être gaulliste pour lire Malraux ou communiste pour savourer Aragon.
C’est la proximité de cette culture, qu’elle soit savante ou simplement quotidienne, qui faisait de chaque nouveau Français, un Français à part entière, un Français comme un autre.
Puis un jour sont arrivés les idéologues du multiculturalisme et les sociologues des inégalités.
Ils ont décidé que l’identité de la France était une offense pour tous ceux que notre pays avait accueillis et qui n’étaient pas d’origine française où qui n’étaient pas, socialement, en mesure d’assimiler la culture savante. Un courant de pensée a décrété que les Humanités qui fondaient notre enseignement depuis des siècles étaient soudainement devenues un dangereux obstacle à l’égalité sociale. L’école qui avait pourtant permis à des fils de paysans de devenir instituteurs et aux enfants d’instituteurs de prendre d’assaut les grandes écoles était soupçonnée de – j’utilise son propre terme – « reproduire les élites ».  Corneille a du laisser la place à des animateurs culturels, Stendhal à des ateliers « citoyens »… L’Ecole a progressivement refusé de transmettre cette culture française qui était pourtant le patrimoine de toute la Nation.
Il est alors devenu inconvenant de raconter la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon.
Inconvenant de rappeler les origines chrétiennes de la France et même inconvenant, si j’en crois Pierre Moscovici, de rappeler les origines et les convictions chrétiennes des Pères Fondateurs de l’Europe !
Inconvenant de recommander la lecture de Balzac qui décrit la France de la Restauration.
Inconvenant de raconter l’épopée Napoléonienne.
Inconvenant de rappeler plus d’un siècle d’Histoire commune entre la France et l’Algérie.
On sait depuis peu qu’il est même inconvenant d’enseigner le grec et le latin. En effet ces langues anciennes sont coupables  de nous rappeler que nous avons une origine gréco-latine.
Les intégristes du multiculturalisme ont fini par imposer leur loi par touches successives.
La France avait l’obligation d’intégrer ceux qui venaient d’ailleurs mais, la France ne devait surtout pas chercher à les assimiler en leurs offrant son identité en partage.
Tout le monde devait pouvoir venir en France mais chacun devait pouvoir y conserver ses habitudes et son mode de vie.
Chacun devait pouvoir se réclamer de sa communauté en lieu et place de la communauté nationale.
Un livre d’Histoire de France était devenu, aux yeux des apôtres du multiculturalisme un dangereux brûlot néo-colonialiste.
Oui nous en sommes arrivés là. La France devait s’effacer devant ses hôtes.
Pour que ce travail d’assimilation par l’Ecole soit possible encore faut-il que cette même école au lieu de diffuser tous les lieux communs liés à la repentance enseigne permette à chaque enfant, qu’il soit né ou non en France, d’être fier du pays où il vit.
Cette politique qui a aujourd’hui plus de trois décennies est une catastrophe. En niant les vertus de l’assimilation, les idéologues du multiculturalisme ont démantelé plusieurs siècles d’un long travail de construction nationale dont la République était, en réalité,  le prodigieux achèvement.
Tout est à reconstruire et nous avons besoin de vous pour cela. C’est ce que je suis venu vous dire.
Nous devons relancer une vaste politique d’assimilation des populations récemment issues de l’immigration et cette politique passe par l’Ecole de la République.
Entendons-nous, il ne peut pas être question de faire réciter à tous les enfants de France, « nos ancêtres les gaulois », selon l’expression chère à Ernest Lavisse, mais il n’est plus acceptable de laisser effacer l’histoire de la Gaule au profit de l’Histoire des premiers empires éloignés du continent européen car cette histoire, aussi intéressante qu’elle soit, n’est pas l’Histoire de la France.
Avant que d’ouvrir les enfants de nos écoles et de nos collèges à l’Histoire du monde et de la diversité de leurs origines, il convient de leur apprendre la géographie du pays où ils vivent, son Histoire et ses lois. Personne ne peut devenir un vrai citoyen du monde s’il n’est pas capable de se situe et de s’ancrer quelque part dans le monde.
Pour que ce travail d’assimilation par l’Ecole soit possible encore faut-il que cette même école au lieu de diffuser tous les lieux communs liés à la repentance enseigne permette à chaque enfant, qu’il soit né ou non en France, d’être fier du pays où il vit. Cette fierté d’être français ou d’habiter la France que vous avez courageusement choisie, vous-même, pour désigner votre mouvement doit retrouver le chemin de l’école.
Les manuels scolaires ne sont pas là pour dénigrer notre pays mais pour le faire connaître et pour le faire aimer.
Cela ne veut pas dire que les atrocités commises au cours des siècles, les injustices et les humiliations subies par certaines populations ne doivent pas être enseignées et expliquées mais elles doivent l’être, dans leur contexte, c'est-à-dire dans le cadre d’un récit qui ne retient pas que le pire et qui montre aussi le meilleur de notre pays.
Il ne peut plus être question d’apprendre, à tous, une Histoire convenable aux yeux des différentes « communautés » dont chacune exige désormais la reconnaissance de sa propre histoire, mais une Histoire de France qui soit celle de la communauté nationale.
Voilà ce qu’écrivait le grand Ernest Lavisse à l’intention des instituteurs de la IIIème République dans son Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire publié en 1887 :
« Il y a dans le passé le plus lointain une poésie qu’il faut verser dans les jeunes âmes pour y fortifier le sentiment patriotique. Faisons leur aimer les gaulois et les forêts des druides, Charles Martel à Poitiers, Roland à Roncevaux, Godefroy de Bouillon à Jérusalem, Jeanne d’Arc, Bayard, tous nos héros du passé, même enveloppés de légendes car c’est un malheur que nos légendes s’oublient, que nous n’ayons plus de contes du foyer, et que, sur tous les points de la France, on entende pour toute poésie que les refrains orduriers et bêtes, venus de Paris. Un pays comme la France ne peut vivre sans poésie. »
Je n’ai pas ajouté un mot à ce texte qui, près de 130 ans plus tard, résonne dans cette salle avec une incroyable modernité.
C’est cette poésie indissociable de l’identité Française que nous devons faire connaître et aimer à tous les enfants de France. Qu’ils soient nés dans le Loir et Cher ou à l’autre bout du monde.
Si l’école de la République a été et doit rester le principal instrument d’intégration, les médias doivent aujourd’hui jouer un rôle essentiel. Tant dans la visibilité des diversités françaises que dans la représentation de notre identité.
L’identité de la France, ce sont des lieux, des images, des pratiques, des couleurs, des paysages et nous ne devons pas nous laisser imposer un imaginaire qui n’est pas le nôtre, des réalités sociales qui ne sont pas les nôtres, des pratiques culturelles qui ne sont pas les nôtres. A l’heure ou les images du monde entier sont accessibles sur tous les écrans et à tout moment, les jeunes Français doivent être en capacité, à tout moment, de faire la différence entre l’univers d’une série américaine et la réalité de leur pays.
Je suis moi-même, certains ici le savent, un grand amateur de séries. Notre industrie audiovisuelle doit être en mesure de continuer à produire et à diffuser des séries qui racontent notre identité.
Enfin l’identité c’est aussi un mode de vie. La France se définit, je l’ai dit, par sa géographie, sa langue, son Histoire mais aussi par ses pratiques culturelles, artistiques, gastronomiques, ses habitudes, ses élégances, ses libertés, ses règles de civilité et ses rites. C’est là que l’identité d’une Nation devient, à elle seule une civilisation. C’est là que la France, s’élève à la hauteur du mythe.
Cette civilisation, la nôtre, ne peut pas se laisser imposer des interdits alimentaires, la soumission des femmes, la séparation des sexes, le refus du corps, la haine de toute beauté, l’interdiction de la joie, la condamnation de la tolérance ou la condamnation du plaisir de vivre.
Appartenir à la communauté Française c’est se reconnaître dans cette civilisation que des terroristes aveuglés par la haine de l’islamisme radical ont voulu atteindre par deux fois dans notre pays en 2015.
Refuser cette civilisation c’est s’exclure de la communauté nationale.
Parler Français, aimer et connaître la France, respecter les valeurs de la République comme les modes de vie de la Nation doivent être le passage obligé de toute intégration, la condition de toute naturalisation.
L’assimilation est un enjeu fondamental pour la France de demain.
Elle doit être au cœur de toute politique d’immigration. L’assimilation n’est pas une possibilité offerte à ceux qui choisissent la France, elle doit être une condition à tout séjour de longue durée et à toute naturalisation.
Parler Français, aimer et connaître la France, respecter les valeurs de la République comme les modes de vie de la Nation doivent être le passage obligé de toute intégration, la condition de toute naturalisation.
C’est la raison pour laquelle je veux pouvoir proposer à tous ceux qui souhaitent s’intégrer à la Nation un nouveau  pacte d’assimilation.
Ce pacte j’aurai besoin de vous, de ce que vous représentez et de ce que vous proposez pour le construire. C’est pour cela que je suis venu ce soir devant une France Fière.
Nous le devons aux générations futures, autant qu’à la mémoire de ceux qui se sont battus pour que vive la France et la République, pour que se perpétuent ses valeurs et sa culture.
Je vous remercie.
Nicolas Sarkozy