Le peuple britannique a choisi de quitter l'Union européenne. Ce choix doit être respecté. Il exprime un rejet fort de l'Europe telle qu'elle fonctionne.

La lucidité commande de dire que ce sentiment de rejet est partagé par beaucoup de Français et par beaucoup d'autres Européens. Ce qu'a dit le peuple britannique, d'autres peuples en Europe auraient pu le dire. Nous ne pouvons, nous ne devons pas l'ignorer.

L'Europe peut fonctionner sans les Britanniques et nous avons d'ailleurs du temps pour repenser nos relations avec notre voisin. En revanche, l'Europe désormais à 27 ne peut plus fonctionner de cette manière. La question de sa refondation profonde est donc urgente. Elle n'a que trop tardé.

Je demande qu'une réunion des chefs d'Etat et de gouvernement européens prenne la décision d'élaborer un nouveau Traité. Cela montrera aux peuples de notre continent que l'Europe est décidée à reprendre son destin en main.

Cinq piliers devraient organiser ce nouveau traité.

1) L'Europe a des frontières. Il faut les faire respecter et, dans cet esprit, nous devons nous doter d'un gouvernement des ministres de l'Intérieur qui mettra en œuvre un Schengen 2. La libre circulation des Européens en Europe ne signifie en aucun cas que les non Européens peuvent rentrer et circuler librement sur notre continent.

2) Il faut un gouvernement économique de la zone euro avec un président stable élu par ses pairs, un Fonds Monétaire Européen qui assurera l'indépendance de l'Europe qui n'a nul besoin du FMI pour traiter de ses affaires internes. L'Europe doit se comporter comme une puissance et non comme un vassal.

3) Le principe de subsidiarité doit devenir enfin une réalité. Les compétences européennes doivent être regroupées autour d'une petite dizaine de priorités stratégiques : comme l'agriculture, l'énergie, la concurrence, la politique commerciale, la recherche… Tout le reste, toutes les autres compétences devront être renvoyées sans délai à la souveraineté des Etats membres.

4) La Commission ne peut plus cumuler des compétences exécutives, législatives et judiciaires. Elle doit mettre en œuvre les décisions du Conseil européen. Plus aucun acte délégué ou d'exécution ne doit pouvoir être pris sans l'accord préalable du Parlement européen ou des parlements nationaux. Nous ne voulons plus d'une Europe technocratique : la démocratie a ses règles, l'administration européenne doit s'y conformer.

5) Le processus d'élargissement de l'Europe doit clairement être stoppé jusqu'à nouvel ordre. S'agissant de la Turquie, l'hypocrisie doit laisser la place à la franchise qui nous commande de dire les choses clairement, c'est-à-dire que la Turquie n'a pas sa place dans l'Union européenne. Par ailleurs, je demande qu'on revienne sur la décision irresponsable de lever les visas dans la situation sécuritaire qui est la nôtre.

La crise que nous vivons est majeure. Le message des Britanniques éclate à la face de tous les gouvernements d'Europe. Il serait irresponsable de ne pas en tenir compte. Plus que jamais je crois en l'Europe. Plus que jamais j'entends défendre l'idéal européen. Mais cet idéal, je le veux avec les peuples d'Europe et pas contre eux.

Il y a une civilisation européenne, une identité européenne, une culture européenne, un mode de vie européen, qui repose sur les Nations. Ce sont d'abord les Nations qui font notre force.

Que les dirigeants européens sachent se montrer à la hauteur de l'Histoire, qui ne leur pardonnera aucune lâcheté. L'heure est à la lucidité, à l'énergie et au leadership.