Dans un rapport, la Commission européenne distribue les bons points à l'ancien président et met en garde François Hollande. 

 par Alain Franco, Lepoint.fr du 30 05... 

L'Europe est encore malade de ses finances publiques et de ses déséquilibres macro-économiques. "Mais les médicaments commencent à agir", affirme José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, au terme du premier exercice de "surveillance macro-économique", sorte de bilan de santé de l'économie des pays membres, dont la réalisation a été confiée par les Vingt-Sept à la Commission. Douze pays ont particulièrement été scrutés. Les plus malades sont l'Espagne et Chypre. Vient ensuite un groupe de quatre pays, parmi lesquels l'Italie et... la France.

Le bilan n'est pas tendre pour l'Hexagone, et les remèdes mis en avant par la Commission sont clairement d'inspiration libérale, et vont à l'encontre d'une bonne partie de ceux préconisés par le Dr Hollande. À commencer par le marché du travail. Ainsi la Commission déconseille d'augmenter le smic. "Il faut s'assurer que toute modification du salaire minimum soit bien créatrice d'emplois et de compétitivité", insistent les experts de Bruxelles, après une visite d'auscultation de plusieurs jours à Paris, et tandis que François Hollande a promis un "coup de pouce" au salaire minimum, mardi.

Constatant que les chances de passer d'un CDD à un CDI ont diminué de 45 % en 1995 à 12,8 % en 2010 (pour une moyenne de 26 % dans l'UE), la Commission recommande de réduire le niveau de protection des contrats de travail et de faciliter les licenciements : le marché du travail doit être plus flexible. Cette évolution doit aller de pair avec un renforcement des moyens de Pôle emploi pour l'accompagnement des chômeurs et leur reconversion. Certaines professions (comme celle d'avocat) devraient être déréglementées pour leur permettre d'attirer plus de vocations.

Bilan de santé

La fiscalité doit aussi être réformée, affirme la Commission : les contributions sociales sur les salaires en France sont les plus élevées de toute l'Union. Cela a un impact sur les coûts salariaux et, en conséquence, sur la compétitivité des entreprises. Il faut donc les alléger et, en contrepartie, augmenter la fiscalité sur l'environnement et la consommation. Ce que Nicolas Sarkozy souhaitait faire en mettant en place la TVA sociale... que François Hollande a promis d'abroger.

Selon la Commission, ces réformes structurelles sont obligatoires pour rendre l'économie française plus compétitive, donc pour créer à terme de l'emploi, et pour inverser la détérioration de la position française à l'international : la balance commerciale de la France est déficitaire depuis le début des années 2000, et les exportations françaises sur le marché mondial ont chuté de près de 20 % entre 2005 et 2010.

Le bilan de santé porte aussi sur les grands comptes de l'État. Même s'il repose en bonne partie sur l'héritage de Nicolas Sarkozy et sur le projet de budget du gouvernement Fillon, les experts de la Commission avertissent la nouvelle équipe au pouvoir qu'elle doit réduire les dépenses de l'État si elle veut faire passer le déficit budgétaire sous la barre des 3 % en 2013. Enfin, telle qu'elle est engagée, la réforme des retraites ne suffira pas à rendre le système viable à partir de 2020. Un diagnostic gênant pour le gouvernement Ayrault, qui veut engager un retour partiel à la retraite à 60 ans.

Les remèdes de la Commission doivent maintenant être approuvés lors du prochain sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'UE, les 28 et 29 juin. Pas sûr que le docteur Hollande avale la pilule sans broncher.

Alain Franco, Le Point.fr