Notre ami Eric Seydoux avait fait, il y a plusieurs mois, les portraits de tous les candidats potentiels à la présidentielle. Nous vous proposons de larges extraits des portraits de 3 candidats socialistes…Martine Aubry, François Hollande, Manuel Valls

 

Martine AUBRY, « fille de Haut fonctionnaire ».                                        

Fille de Haut Fonctionnaire ! C’est ainsi qu’elle s’est présentée  devant sa promotion de l’ENA ; chaque élève devant indiquer à haute et intelligible voix, en présence d’une caméra de télévision qui a immortalisé ce moment, la profession de ses parents. De toutes les façons, tout le monde savait ou aurait su qu’elle était la fille de Jacques DELORS, dont la sensibilité catholique de gauche et le talent, lui permirent de devenir l’un des grands du parti socialiste des années 80.

La fille voulut suivre l’exemple du père, elle adhéra au parti socialiste. Très vite, elle y prit toute sa place, et chacun sait qu’en politique, les fils ou filles « d’évêque » progressent bien plus rapidement que les militants de base. Lorsque l’on s’avise en effet de vouloir « faire de la politique », le plus difficile est d’avoir l’investiture du parti. Si c’est un grand parti, il dispose de ce que l’on appelle des fiefs. Y être investi, c’est l’assurance d’être élu.

Jusqu’aux législatives, les choses sont assez simples. La plupart du temps, les électeurs votent pour une étiquette plus que pour une personne. Beaucoup ne connaissent pas le nom du candidat qui représente le parti qui a leur préférence, ils vont l’apprendre en lisant son nom sur les affiches qui se trouvent à l’entrée du bureau de vote, et souvent ils l’oublieront aussitôt. Le talent du candidat, ou de la candidate, ou son peu d’aptitude pour la fonction,  n’a en réalité qu’une importance relative dans le choix des électeurs.

 Ce n’est cependant pas toujours vrai, Martine AUBRY en 2002 l’a appris à ses dépens, dans une circonscription « gagnée d’avance ».

 Pour les présidentielles les choses sont différentes. L’hypermédiatisation, la multitude des reportages qui sont effectués sur les candidats, font que la sélection est implacable, que la médiocrité n’a aucune chance de l’emporter ni même de parvenir au second tour.

 La campagne électorale a une importance capitale. Alain POHER, Michel DEBRE, Raymond BARRE, Edouard BALLADUR, Lionel JOSPIN(2), parmi les plus célèbres, qui ont cru pouvoir s’en dispenser, ou qui n’ont été que de médiocres candidats, ont été écartés de la course sans ménagement.  

Martine AUBRY, qui est le résultat de combinaisons entre des courants qui l’ont élu secrétaire générale du Parti socialiste, devra, le cas échéant, s’en souvenir. Prisonnière de la gauche extrême, elle vient de présenter,  au nom du Parti socialiste, un programme de mesures à l’évidence inadaptées à notre monde et à notre époque, qui rendent ce programme démagogique et irresponsable, et on ne peut qu’en être désolé.

Emplois « d’avenir », allocations « d’autonomie », contrats de travail par requalification des stages, CV anonymes, sortie du « tout nucléaire » et du « tout pétrole », limitation du salaire des patrons dans les entreprises dont l’Etat est présent au capital, égalité de salaire homme-femme, salariés dans les conseils d’administration, encadrement des loyers, créations d’une banque publique d’investissement, de fonds régionaux pour financer les PME, d’un emprunt européen pour l’innovation, taxation des bénéfices distribués aux actionnaires, fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG…

Un programme qui donne le tournis. On se demande comment un parti comme le Parti socialiste en est arrivé à ce niveau de politique, en présentant en ce début de 21e siècle un tel bric-à-brac de mesures hétéroclites, sans ligne directrice, sans cohérence, sans lisibilité, où l’on trouve sur le même plan la (fausse) sortie du nucléaire et le CV anonyme, où le marquage à gauche se caractérise par des dispositions comme la limitation du salaire des patrons dans les  entreprises nationales et la présence des salariés dans les conseils d’administration, où les mesures leurres, comme l’allocation « d’autonomie » ou les emplois « d’avenir », ruineuses pour la France, y trouvent toute leur place...    

Où sont dans ce programme l’emploi, les retraites, le pouvoir d’achat, le logement, la sécurité, l’immigration ? Rien ! Sinon des vœux pieux ou des pétitions de principe.   

Le programme du Parti socialiste est à l’image de sa première Secrétaire.  

Femme politique de création artificielle, elle n’a pas l’envergure d’un leader conduisant son peuple à la victoire. Absence évidente de charisme, manque de hauteur de vue, personnalité quelconque désavantagée par un physique sans grand attrait, animé par un éternel discours d’indignation que ponctue de perpétuelles jérémiades. Elle finit vite par lasser un auditoire, venu pourtant souvent avec de bonnes dispositions. Tout le monde s’accorde à reconnaître qu’elle n’est pas l’animal politique rêvé pour une présidentielle.

 …

Sur le fond, les choses sont encore plus préoccupantes. Elle prend des mesures ou des positions qui portent atteinte aux grands principes qui fondent la République, laïcité, égalité entre tous les citoyens, principe de personnalité  des délits et des peines qui dispose que c’est l’auteur d’un manquement qui doit être sanctionné et non un tiers. Il y a chez cette femme un aspect irresponsable qu’elle semble assumer, au nom de situations ponctuelles qui se présentent à elle, et qu’elle règle pour satisfaire une émotion compassionnelle déplacée, pour ne pas dire ridicule.

Des femmes musulmanes viennent la voir dans sa mairie de LILLE et lui disent qu’elles veulent des piscines non mixtes. Y a-t-il eu une explication ? Les hommes seraient-ils comme on le dit dans certains cercles, de gros vicieux qui ne pensent qu’à la chose ? Serait-ce pour des motivations religieuses ? S’est-on interrogé sur les raisons pour lesquelles la République tient à ce que les hommes et les femmes soient « dans le même bain » ? Il s’agit certainement d’un détail ! Ne chipotons pas ! En toute hypothèse si on ne leur accorde pas ce privilège, elles seront privées de piscine et ce serait alors de la discrimination. Alors plus d’hésitation, la République n’aura qu’à attendre. Le bain d’abord. Voilà ! C’est fait. « A partir de dorénavant » il y aura à LILLE des piscines sans homme, comme dans les pays les plus intégristes du monde musulman…Martine AUBRY reviendra bien évidemment sur sa décision...

La dignité et le respect dus aux femmes ne semblent pas être, chez elle, une priorité. 

Elle se dit à titre personnel contre le voile intégral, qui est attentatoire aux droits de la femme et à leur dignité. Tant mieux ! Mais elle ajoute aussitôt qu’il ne faut pas l’interdire, car l’interdiction serait trop difficile à mettre en œuvre. Que peut-il y avoir de plus irresponsable que ce type de position ? Pourquoi alors ne pas supprimer toutes les lois difficiles à appliquer ?   Le parti socialiste avait même donné des consignes à ses parlementaires pour ne pas voter la loi, et seuls des trublions comme Manuel VALLS ou Robert BADINTER sont passés outre.

Et c’est en réalité cela qui est par-dessus tout le plus gênant, c’est ce zèle constant chez la  représentante d’un parti qui est indiscutablement laïc, de se positionner en faveur de tout ce qui touche à la religion musulmane, sans en mesurer les conséquences, alors que dans l’intérêt même de ses pratiquants, il conviendrait de les inviter à exercer leur culte dans la discrétion. A ne pas l’avoir compris, elle participe, peut-être même sans l’avoir voulu, ce qui est encore plus irresponsable, à l’instrumentalisation d’une religion et à la stigmatisation de ses adeptes, recherchées par certains.    

Il est rare d’observer chez une candidate potentielle de ce niveau, si peu de dispositions pour la fonction suprême. Il semble bien, toutefois, qu’elle en soit tout à fait consciente, ce qui est le seul aspect positif que l’on est bien obligé de reconnaître, à cette fille de Haut fonctionnaire.

Eric Seydoux (26 avril 2011)  

 

François Hollande...Vous avez dit régime ?

Il a fait des efforts pour se donner une image de présidentiable, le fameux look du présidentiable… Un peu ascète, un peu moderne, pas trop jeune, pas trop vieux, sympathique mais pas rigolard, cultivé mais pas ennuyeux, ni sapé, ni clinquant, concentré mais pas tendu, décontracté mais pas désinvolte…

Cela a donné  un changement de coupe et de couleur de cheveux, le noir corbeau peigné plutôt en arrière, a remplacé le châtain avec raie sur le côté, les lunettes rondes ont laissé la place à des lunettes tendances, rectangles et allongées, avec branches assorties aux cheveux, à la tête plutôt ronde elle aussi, autrefois posée sur ses épaules, s’est substitué un long cou sur lequel trône un visage allongé, de plus en plus émacié au fur et à mesure du régime, et à un teint plutôt rougeaud, trop bon vivant, a été préféré un teint blafard beaucoup plus sérieux. 

L’expression est à peu de chose près la même. Le discours, un peu plus emphatique qu’il ne l’était déjà, est accompagné à certains moment du sourire malicieux qu’on lui connaissait, le jeu de mains est le même, seule la tête présente, par moments, inexplicablement, une certaine raideur, sans que l’on puisse en percevoir l’intérêt.

On a expliqué, que n’ayant jamais exercé de fonction ministérielle, il lui était nécessaire de se créer une stature présidentielle qui vienne gommer celle d’un secrétaire général, assurant la gestion des affaires courantes, dans l’attente de l’évolution politique du chef. Ce changement a certainement été conçu, non comme une coquetterie, mais comme une nécessité, une sorte de transsubstantiation politique.

Mais à y regarder de plus prés,  ce changement physique correspond mieux à la réalité, à son véritable tempérament, à ce qu’il est.

Sous une apparence bonhomme, rondouillarde et sympa, sommeille un florentin, habile, sournois, prompt à toutes les perfidies, à tous les coups bas, lorsqu’ils peuvent le servir, et  l’aspect froid et sec qu’il cherche à se donner physiquement, pour des raisons électoralistes, correspond infiniment mieux avec lui.

François HOLLANDE a été certainement sous-estimé par rapport à sa véritable nature. Son aspect jovial a pendant longtemps été pour lui un masque trompeur. On ne se méfie jamais des gros, on les croit complexés, lourd, accommodants. Ils peuvent l’être, mais ils peuvent être tout le contraire, et dans ce cas ils sont particulièrement redoutables.

 … [ passage supprimé qui était relatif à DSK, alors dans la course]

 La seule question qui reste actuellement en suspens est de savoir si le talent de ce corrézien, n’est pas de chercher, insensiblement, par petites touches, sans que l’on y prenne garde, à balladuriser son rival,[DSK]  et lui, par contre coup à se chiraquiser, AUBRY paraissant pour lui, être de moins en moins un problème.        

Grand dilemme n’est-ce pas ?

Eric Seydoux  (2 avril 2011)

 

 Manuel VALLS, une candidature virtuelle.

 Socialiste hors norme, il est surtout connu pour transgresser allègrement les tabous de son parti (sécurité, immigration, retraite…) Récemment encore, il s’est fait remarquer par ses déclarations sur « les 35 heures », qui l’ont ancré un peu plus, selon certains commentateurs, dans la gauche « moderne et populaire » qu’il revendique, et pour d’autres, dans une droite sociale et libérale qu’il réprouve.

 Sur le fond, personne ne met en cause sa sincérité. Il n’empêche, qu’avec les 35 heures il était sûr de réussir son coup. Une tête d’affiche du PS qui dit vouloir revenir sur les 35 heures, on en a parlé pendant tout un week-end. Même la droite en a été gênée. Sa candidature pour les primaires a ainsi été  lancée avec succès.

En France on aime les paradoxes, la singularité. Les programmes ennuient. En homme politique moderne et avisé, Manuel VALLS l’a parfaitement assimilé.   …

Les combats menés « jusqu’à ce que mort s’en suive » ne sont plus de mise en politique. Seuls les jeux électroniques maintiennent cette option. On navigue désormais dans le virtuel. D’ailleurs en langage d’initié, on parle de candidatures virtuelles. Manuel VALLS lui-même, parle d’une candidature  potentielle ou putative.

 C’est une nouvelle offre politique particulièrement intéressante. Sans frais, avec pour seul formalisme d’en faire la déclaration. Les adeptes sont de plus en plus nombreux. Ils savent qu’ils n’iront pas jusqu’au bout. Mais jusqu’à leur renoncement, ils bénéficient du statut particulièrement avantageux de « candidat à la présidentielle » : ils sont sollicités par les  médias, ils « entrent » dans les sondages, ils font l’objet de toutes sortes d’égards, ménagés par les uns, critiqués par les autres …

Par la suite, si le candidat est crédité, virtuellement, d’un petit matelas de voix, ou/et si un major a besoin d’une sensibilité spécifique…cela peut-être une promesse de jackpot.   

Sinon rien. Bel homme, présentant bien, parlant bien, raisonnable à souhait, poli, joli sourire, jolie coupe tendance, intelligent, bon genre et tout et tout.

C’est l’école JOSPIN, c’est vrai, un brin ennuyeux, rien ne dépasse, lisse, propre, ordonné, organisé, sérieux en diable, élu largement dans sa commune.

Il pourrait être ministre, aussi bien à droite qu’à gauche, il ne viendrait à quiconque l’idée d’en contester le choix.   Clean au plan des petites phrases, il fait partie de ceux, peu nombreux dans le PAF, dont on estime que la bonne foi est toujours présumée.

Et s’il a pu lui arriver de tenir des propos politiquement incorrects, il a expliqué qu’il ne fallait pas leur donner le sens qu’ils avaient. L’incident a ainsi été  immédiatement clos.

Au total, un homme politique sans véritable défaut, plus critiqué par ses amis, que par ses adversaires, et encore avec mesure et en interne. Seul Benoît HAMON, qui dramatise toujours, n’a pas encore compris que pour les 35 heures, il ne pouvait pas faire autrement.

 En définitive son seul vrai défaut, c’est que l’on ne puisse pas lui en imputer. C’est dire que ce n’est pas gagné.

Eric Seydoux (27 février 2011)